Le pouvoir communiste,
instauré en Pologne par la force des chars soviétiques,
et ensuite «légitimé » par un référendum
truqué en 1946, et lors des élections en 1947,
introduisit pour de longues années le régime
stalinien avec sa terreur et ses mensonges. Pendant les quelques
années d’après-guerre, la résistance
indépendantiste fut éliminée, des milliers «d’ennemis
du peuple » furent condamnés à mort ou à une
prison de plusieurs années; chaque manifestation d’indépendance
fut étouffée. La société fut
partagée, terrorisée et presque pacifiée.
Après la mort de Staline (en 1953), la Pologne connut
l’affaissement du régime L’année
1956 apporta «le déluge d’octobre » (entre
autres ce qui fut inconnu dans les autres pays du bloc soviétique
: l’indépendance de l’Eglise catholique,
une certaine autonomie des milieux de l’intelligentsia
et des milieux créateurs, et à la campagne le
maintien des exploitations agricoles individuelles). Mais il
laissa vive la mémoire de Juin de Poznan lorsque la
grève des ouvriers, déclenchée pour revendiquer «du
pain et de la liberté », se transforma en émeutes
dans les rues pendant lesquelles les deux parties du conflit
se servirent des armes. (On estime qu’à Poznan
au moins 63 personnes civiles et 20 soldats et membres des
services de sécurité trouvèrent la mort,
quelques centaines furent blessées, près de 700
arrêtées, et quelques dizaines condamnées.) « Le
déluge » officiel s’était avéré très
superficiel mais le cours de vie social, indépendant
du pouvoir, poursuivait son existence et commençait à gagner
du terrain.
La suivante révolte publique (cette fois-ci de «l’intelligentsia »)
eut lieu en 1968 lorsque le gouvernement étouffa brutalement
le mouvement démocratique des étudiants et mena
en même temps une officielle campagne antisémite
(près de 20 mille Juifs ou personnes d’origine
juive quittèrent alors la Pologne subissant diverses
pressions). Ces événements ont contribué cependant à la
création en Pologne de la «génération’68 »,
active dans les années futures au sein de l’opposition
contre le régime.
Alicja Wancerz-Gluza
(Centre KARTA)
.
.
Le 11 Décembre 1970:
Au cours de la réunion du bureau du PZPR, Wladyslaw
Gomulka présente une proposition d'augmentation des
prix juste avant Noël. Les prix des produits alimentaires
de base doivent augmenter de 10 à 30 %
Le 12 Décembre 1970:
La lettre d'information du PZPR concernant l'augmentation
des prix est lue pendant les réunions de tous les
organes régionaux du parti dans le pays.
Au chantier naval de Gdansk, c'est Stanislaw Kociolek, membre
du parti, qui informe les ouvriers. La réunion devient
vite houleuse et tourne à la dispute. Les ouvriers
ont trop de griefs contre le pouvoir et refusent les augmentations.
Lors de la prise du service de nuit le travail s'arrête.
Le soir Gomulka informe via la radio et la télévision
la population des augmentations.
Le 13 Décembre 1970
Les journaux publient l'information sur les augmentations
des prix. " Ce changement est d'une grande importance
pour le développement économique de la Pologne " rapporte
le quotidien Trybuna Ludu
Dans le magasins les prix majorés sont déjà appliqués.
Les premières grèves commencent.
Le 14 Décembre 1970
Très tôt le matin commence la grève
dans les unités S3 et S4 du chantier naval de Gdansk.
Les autres services suivent rapidement. Vers 10 heures du
matin, devant le bâtiment de la direction se réunit
une foule de plusieurs milliers de personnes réclamant
la suppression des augmentations des prix
Les manifestants se rendent devant le siège du comité de
voievodie du Parti PZPR. Ils chantent l'internationale. Le
secrétaire du parti Zenon Jundzill s'adresse aux manifestants
et demande la reprise du travail. Le bruit circule que la
délégation des ouvriers a été arrêtée.
Les ouvriers annoncent la grève générale
pour le 15 Décembre.
Pendant ce temps à Varsovie se réunit le bureau
politique du PZPR. Stanislaw Kociolek et les hommes de confiance
de Gomulka viennent à Varsovie ainsi que les vice-ministres
de la défense et des affaires intérieures.
A Gdansk les ouvriers vont au chantier Nord et demandent à leurs
collègues de rejoindre le mouvement. Ils essayent
en vain de convaincre les étudiants de l'école
Polytechnique.
Les premières grosses manifestations commencent. La
police réplique avec des gaz lacrymogènes et
des canons à eau. Premiers blessés parmi les
manifestants. Les bagarres continuent jusqu'à la nuit
tombée et les premières rafles commencent et
durent jusqu'au petit matin. Les prisonniers sont emmenés
dans les prisons de Elblag, Sztum et Pruszcz Gdanski. Des
dizaines de personnes arrivent dans les hôpitaux.
Le lendemain le journal du parti à Gdansk donne juste
une petite information comme quoi un groupe d'ouvrier du
chantier naval de Gdansk s'est réuni devant le bâtiment
du comité.
Gomulka donne l'autorisation d'employer la force et de tirer.
Le 15 Décembre 1970:
Dans la nuit du lundi au mardi, les ouvriers du port de
Gdansk se joignent à la grève. Le matin, un
meeting est organisé à l'intérieur du
chantier. Une foule de plus d'un millier de personnes marche
ensuite en réclamant la libération des manifestants
emprisonnés. A cette foule se joignent les ouvriers
d'autres chantiers, des passants et des jeunes.
La foule attaque alors le bâtiment de la milice afin
de délivrer les manifestants arrêtés
la veille.
A 9 h, le vice-ministre de la défense Grzegorz Korczynski
téléphone à Gomulka en demandant l'autorisation
de tirer et d'instaurer l'état de siège à Gdansk.
Celui-ci prend la décision après consultation
des ministres concernés.
Pendant ce temps au chantier naval de Gdynia la grève
commence.
L'armée forme des escadrons. Les soldats sont équipés
en armes lourde: grenades, mitrailleuses...
Après 9 h, les ouvriers sont expulsés de devant
le KW.( siège local du parti ) mais ils reviennent
un peu plus tard en mettant le feu devant le siège
du syndicat. L'armée occupe le bâtiment et tire
des coups de feu en l'air.
Avant 10 h les manifestants utilisent des cocktails molotov.
Avant 11 h Le bâtiment du parti est évacué entièrement.
L'autorisation de tirer arrive de Varsovie.
Avant 15h l'armée et la milice repoussent les derniers
manifestants. Les ouvriers reviennent aux chantiers navals
et commence à Gdansk et Gdynia une grève d'occupation.
Le soir à la télévision régionale
Stanislaw Kocidlek relate ainsi les faits:
"
...... des bandes s'opposaient violemment à l'extinction
des incendies mettant en péril les sapeurs pompiers.
On a donc fait appel aux forces de la milice et de l'armée.
Le bureau du Conseil National a décidé l'instauration
d'un couvre-feu de 18 h à 5 h du matin et ceci jusqu’à nouvel
ordre. Il n'existe aucune possibilité de répondre
aux revendications des ouvriers et j'en appelle au retour
du travail dans les chantiers navals."
L'armée occupe alors toutes les positions stratégiques
en ville.
Le 16 Décembre 1970
Le matin devant la deuxième porte du chantier naval
de Gdansk tombent le premiers coups de feu. Deux ouvriers
sont morts et l'on dénombre beaucoup de blessés.
Le chantier est pris sous le feu d'un hélicoptère.
Il y a également des morts à Gdansk Wrzeszcz
quand la foule de manifestants veut rentrer au siège
de la télévision afin de donner des informations
sur les évènements;
La grève s'élargit à d'autres villes:
Tchew, Pruszcz Gdanski.A Elblag les manifestants essayent
de mettre le feu au siège du comité du parti.
Le soir à la télévision Kociokek dit: " la
majorité des Polonais exprime un sentiment de reconnaissance
et de respect pour les fonctionnaires de la milice et de
l'armée pour leur service consciencieux. Retournez
tous au travail ! "
Très tard dans la soirée le pouvoir lance un
ultimatum aux occupants du chantier de Gdansk: " Sortez
tous ou nous donnons l'assaut."
A 2 h du matin, le comité des grévistes capitule.
Des milliers d'ouvriers quittent le chantier.A Polnocna et
Remontowa la grève est également interrompue.
Le 17 Décembre 1970:
. Le matin dans le journal "Trybuna Ludu": Des
grèves, et des incidents ont eu lieu à Gdansk.Des éléments
aventureux n'ayant rien en commun avec la classe ouvrière
ont mis le feu aux bâtiments publics et ont pillé des
magasins.
Très tôt, les ouvriers se rendent vers leur
lieu de travail. Autour du chantier des chars et des convois
militaires sont en position. Avant 6 heures, soudain, un
char ouvre le feu. des tirs de mitrailleuses suivent. Il
y a 4 morts et plusieurs blessés. Une partie des manifestants
se dirige vers le siège du conseil municipal en portant
sur une porte le corps ensanglanté d'une victime.
Devant le bâtiment la manifestation est brisée.
Il y a 4 autres victimes. L'après-midi, l'armée
maîtrise la situation.
- Le matin éclate la grève à Szczecin.
Ici aussi il y a des morts. Le couvre-feu est instauré.
Le même scénario se répète à Elblag
et Stupsk.
Le soir à la télévision le Premier Ministre
Cyrankiewicz s'exprime: " Des incidents tragiques ont
eu lieu dans les villes du littorale. Les forces de l'ordre
ont été obligées d'intervenir. L'on
dénombre des victimes, une dizaine de morts et des
centaines de blessés. J'estime que l'augmentation
des prix est une chose nécessaire."
Ce même soir, le gouvernement publie un arrêté qui
engage la milice et les services de sécurité à garantir
la paix y compris en utilisant des armes.
Le 18 Décembre 1970
Le matin au chantier naval de Szczecin commence une manifestation.
La principale revendication est la suppression de l'augmentation
des prix. La milice s'approche vers les portes et ouvre le
feu. Il y a des morts. Au sein du chantier se constitue le
comité des grévistes.
En ville des incidents ont également lieu. Là aussi
il y a des morts.
Sur l'Oder des navires de l'armée font leur apparition
A Gdansk, l'armée occupe toujours le chantier
Edward Gierek qui attend patiemment son tour en coulisse
rentre alors en jeu.
Le 19 Décembre 1970:
La presse commente différemment les événements
sur le littoral. Le ton est généralement péjoratif
vis à vis des manifestants.
La situation a l'air de se calmer. A Szcecin les négociations
continuent. Le comité de grève en appelle au
calme. Il demande de ne pas laisser sortir les jeunes en
ville.
Le matin, le Premier ministre Cyrankiewicz transmet une lettre à Gomulka
de la part du comité central du parti soviétique.
Cette lettre demande de régler politiquement le conflit.
Gomulka tombe malade. Les médecins lui conseillent
un séjour à l'hôpital.
Le même jour, une réunion se déroule
au bureau politique du parti polonais PZPR. Il est décidé de
limoger Gomulka et de le remplacer par Gierek.
A Szczecin, le comité des grévistes décide
de suspendre pendant 3 jours la grève. Pendant ce
temps, les autorités doivent préparer une réponse
aux revendications des ouvriers.
L'après-midi, une délégation du parti
se rend à l'hôpital et ramène la démission
de Gomulka pour cause de grave maladie. Edward Gierek prend
ses fonctions.
Le soir même, à la télévision
Gierek prononce son discours. Il promet d'éclaircir
les événements de ces derniers jours. Il reconnaît
que le lien entre le parti et la classe ouvrière a été rompu.
Par contre il ne renonce pas aux augmentations des prix qui
ont déclenché les grèves.
Le 22 Décembre 1970:
Au petit matin, le chantier à Szczecin se trouve
encerclé par les ZOMO. A 11 heures les ouvriers arrêtent
la grève pour Noël. Le gouvernement retire le
décret permettant l'utilisation de la force. Il n'y
a plus de couvre- feu à Gdansk, Szczecin et Elblag.
Le 23 Décembre 1970:
Le Premier ministre Cyrankiewicz démissionne et Piotr
Jaroszewicz devient le nouveau chef du gouvernement. Les
Polonais se préparent pour les fêtes de Noël.
La trêve est respectée.
Le 28 Décembre 1970:
La lettre de l'épiscopat polonais est lue pendant
toutes les messes. Les évêques expriment leur
compassion envers les victimes et leurs familles.
Le 16 Janvier 1971:
Au chantier naval de Gdansk, les ouvriers présentent
une liste de revendications. Entre autre, ils veulent que
les syndicats ne soient plus liés au parti, ils réclament
la libération de toutes les personnes arrêtées
et l'attribution d'une pension pour les familles des victimes.
Le 22 Janvier 1971
La grève éclate au chantier naval de Szczecin.
Le comité de grève présente des revendications
d'ordre politique avec en toile de fond des élections
démocratiques. Le comité réclame également
la visite de Gierek. La grève s'étend à d'autres
entreprises et la grève générale s'installe à Szczecin.
Le 24 Janvier 1971
Une délégation du gouvernement arrive avec à sa
tête E. Gierek, le premier ministre P. Janoszewicz
et le ministre de la défense Wojciech Jaruzelski..
Le pouvoir accepte certaines revendications. Dans 3 jours,
sont prévus des élections pour le parti dans
l'entreprise et avant la fin de semaine au syndicat. Le contrôle
des élections est confié au comité de
grève. Le pouvoir accepte de lever les sanctions pour
fait de grève et d'indemniser les familles des victimes.
Il refuse cependant de publier les résultats des négociations
dans la presse.
Le 25 janvier 1971
La grève éclate au chantier à Gdansk.
Il manque des réponses aux revendications du 16 janvier.
Lors de la réunion, les grévistes réclament
l'annulation de l'augmentation des prix. A la question de
Gierek :" Vous aiderez ?!! " les ouvriers répondent
: " Nous aiderons ! "
Le 6 et 7 janvier 1971
Des changements ont lieu au bureau politique. KC.PZPR
Le 11 février 1971
Les grèves éclatent à Lodz
Le 13 février 1971
Les grèves s'étendent aux entreprises textiles.
Le 14 février 1971
Le premier ministre P. Janoszewicz rencontre au théâtre
de Lodz, les membres du parti. Il lance son appel: " Vous
nous aiderez ?!" La salle reprend en coeur: " NON
!! "
Le 15 février 1971
Les grèves à Lodz s'intensifient. Il y a plus
de 20 000 grévistes dans les entreprises. A 20 heures,
un communiqué du gouvernement tombe : " A partir
du 1er mars, les prix des produits alimentaires, dont la
viande, retrouveront leur niveau d'avant décembre
1970." La revendication principale est donc obtenue.
La nouvelle dans le pays s'est répandue à une
vitesse incroyable.
Le côté le moins connu de décembre 70
c'est le germe de l'auto organisation ouvrière. Dans
les entreprises les comités de grévistes ont
formulé des listes de postulats, entre autre, un syndicat
indépendant. A Gdynia les grévistes ont conclu
un accord avec les pouvoirs locaux, d'ailleurs jamais respecté.
Les événements de décembre ont formé Lech
Walesa et ses collègues du chantier naval de Gdansk.
Ils ont bien retenu la leçon et dix ans plus tard
ne sont pas sortis dans la rue.
Le triomphe de décembre c'est quelques années
plus tard la liberté acquise par la Pologne en 1989
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