La Pologne Online



Le premier magazine francophone consacré à la Pologne
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1989/2009 - Décembre 1970

Introduction

Décembre 1970

Création du Kor

Aout 1980

Le pouvoir communiste, instauré en Pologne par la force des chars soviétiques, et ensuite «légitimé » par un référendum truqué en 1946, et lors des élections en 1947, introduisit pour de longues années le régime stalinien avec sa terreur et ses mensonges. Pendant les quelques années d’après-guerre, la résistance indépendantiste fut éliminée, des milliers «d’ennemis du peuple » furent condamnés à mort ou à une prison de plusieurs années; chaque manifestation d’indépendance fut étouffée. La société fut partagée, terrorisée et presque pacifiée.
Après la mort de Staline (en 1953), la Pologne connut l’affaissement du régime L’année 1956 apporta «le déluge d’octobre » (entre autres ce qui fut inconnu dans les autres pays du bloc soviétique : l’indépendance de l’Eglise catholique, une certaine autonomie des milieux de l’intelligentsia et des milieux créateurs, et à la campagne le maintien des exploitations agricoles individuelles). Mais il laissa vive la mémoire de Juin de Poznan lorsque la grève des ouvriers, déclenchée pour revendiquer «du pain et de la liberté », se transforma en émeutes dans les rues pendant lesquelles les deux parties du conflit se servirent des armes. (On estime qu’à Poznan au moins 63 personnes civiles et 20 soldats et membres des services de sécurité trouvèrent la mort, quelques centaines furent blessées, près de 700 arrêtées, et quelques dizaines condamnées.) « Le déluge » officiel s’était avéré très superficiel mais le cours de vie social, indépendant du pouvoir, poursuivait son existence et commençait à gagner du terrain.
La suivante révolte publique (cette fois-ci de «l’intelligentsia ») eut lieu en 1968 lorsque le gouvernement étouffa brutalement le mouvement démocratique des étudiants et mena en même temps une officielle campagne antisémite (près de 20 mille Juifs ou personnes d’origine juive quittèrent alors la Pologne subissant diverses pressions). Ces événements ont contribué cependant à la création en Pologne de la «génération’68 », active dans les années futures au sein de l’opposition contre le régime.
Alicja Wancerz-Gluza
(Centre KARTA)
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Le 11 Décembre 1970:

Au cours de la réunion du bureau du PZPR, Wladyslaw Gomulka présente une proposition d'augmentation des prix juste avant Noël. Les prix des produits alimentaires de base doivent augmenter de 10 à 30 %

Le 12 Décembre 1970:

La lettre d'information du PZPR concernant l'augmentation des prix est lue pendant les réunions de tous les organes régionaux du parti dans le pays.
Au chantier naval de Gdansk, c'est Stanislaw Kociolek, membre du parti, qui informe les ouvriers. La réunion devient vite houleuse et tourne à la dispute. Les ouvriers ont trop de griefs contre le pouvoir et refusent les augmentations. Lors de la prise du service de nuit le travail s'arrête.
Le soir Gomulka informe via la radio et la télévision la population des augmentations.

Le 13 Décembre 1970

Les journaux publient l'information sur les augmentations des prix. " Ce changement est d'une grande importance pour le développement économique de la Pologne " rapporte le quotidien Trybuna Ludu
Dans le magasins les prix majorés sont déjà appliqués. Les premières grèves commencent.

Le 14 Décembre 1970

Très tôt le matin commence la grève dans les unités S3 et S4 du chantier naval de Gdansk. Les autres services suivent rapidement. Vers 10 heures du matin, devant le bâtiment de la direction se réunit une foule de plusieurs milliers de personnes réclamant la suppression des augmentations des prix
Les manifestants se rendent devant le siège du comité de voievodie du Parti PZPR. Ils chantent l'internationale. Le secrétaire du parti Zenon Jundzill s'adresse aux manifestants et demande la reprise du travail. Le bruit circule que la délégation des ouvriers a été arrêtée. Les ouvriers annoncent la grève générale pour le 15 Décembre.
Pendant ce temps à Varsovie se réunit le bureau politique du PZPR. Stanislaw Kociolek et les hommes de confiance de Gomulka viennent à Varsovie ainsi que les vice-ministres de la défense et des affaires intérieures.
A Gdansk les ouvriers vont au chantier Nord et demandent à leurs collègues de rejoindre le mouvement. Ils essayent en vain de convaincre les étudiants de l'école Polytechnique.
Les premières grosses manifestations commencent. La police réplique avec des gaz lacrymogènes et des canons à eau. Premiers blessés parmi les manifestants. Les bagarres continuent jusqu'à la nuit tombée et les premières rafles commencent et durent jusqu'au petit matin. Les prisonniers sont emmenés dans les prisons de Elblag, Sztum et Pruszcz Gdanski. Des dizaines de personnes arrivent dans les hôpitaux.
Le lendemain le journal du parti à Gdansk donne juste une petite information comme quoi un groupe d'ouvrier du chantier naval de Gdansk s'est réuni devant le bâtiment du comité.
Gomulka donne l'autorisation d'employer la force et de tirer.


Le 15 Décembre 1970:

Dans la nuit du lundi au mardi, les ouvriers du port de Gdansk se joignent à la grève. Le matin, un meeting est organisé à l'intérieur du chantier. Une foule de plus d'un millier de personnes marche ensuite en réclamant la libération des manifestants emprisonnés. A cette foule se joignent les ouvriers d'autres chantiers, des passants et des jeunes.
La foule attaque alors le bâtiment de la milice afin de délivrer les manifestants arrêtés la veille.

A 9 h, le vice-ministre de la défense Grzegorz Korczynski téléphone à Gomulka en demandant l'autorisation de tirer et d'instaurer l'état de siège à Gdansk. Celui-ci prend la décision après consultation des ministres concernés.
Pendant ce temps au chantier naval de Gdynia la grève commence.
L'armée forme des escadrons. Les soldats sont équipés en armes lourde: grenades, mitrailleuses...

Après 9 h, les ouvriers sont expulsés de devant le KW.( siège local du parti ) mais ils reviennent un peu plus tard en mettant le feu devant le siège du syndicat. L'armée occupe le bâtiment et tire des coups de feu en l'air.
Avant 10 h les manifestants utilisent des cocktails molotov.
Avant 11 h Le bâtiment du parti est évacué entièrement.
L'autorisation de tirer arrive de Varsovie.

Avant 15h l'armée et la milice repoussent les derniers manifestants. Les ouvriers reviennent aux chantiers navals et commence à Gdansk et Gdynia une grève d'occupation.

Le soir à la télévision régionale Stanislaw Kocidlek relate ainsi les faits:
" ...... des bandes s'opposaient violemment à l'extinction des incendies mettant en péril les sapeurs pompiers. On a donc fait appel aux forces de la milice et de l'armée.
Le bureau du Conseil National a décidé l'instauration d'un couvre-feu de 18 h à 5 h du matin et ceci jusqu’à nouvel ordre. Il n'existe aucune possibilité de répondre aux revendications des ouvriers et j'en appelle au retour du travail dans les chantiers navals."
L'armée occupe alors toutes les positions stratégiques en ville.

 

Le 16 Décembre 1970

Le matin devant la deuxième porte du chantier naval de Gdansk tombent le premiers coups de feu. Deux ouvriers sont morts et l'on dénombre beaucoup de blessés. Le chantier est pris sous le feu d'un hélicoptère.
Il y a également des morts à Gdansk Wrzeszcz quand la foule de manifestants veut rentrer au siège de la télévision afin de donner des informations sur les évènements;
La grève s'élargit à d'autres villes: Tchew, Pruszcz Gdanski.A Elblag les manifestants essayent de mettre le feu au siège du comité du parti.
Le soir à la télévision Kociokek dit: " la majorité des Polonais exprime un sentiment de reconnaissance et de respect pour les fonctionnaires de la milice et de l'armée pour leur service consciencieux. Retournez tous au travail ! "
Très tard dans la soirée le pouvoir lance un ultimatum aux occupants du chantier de Gdansk: " Sortez tous ou nous donnons l'assaut."
A 2 h du matin, le comité des grévistes capitule. Des milliers d'ouvriers quittent le chantier.A Polnocna et Remontowa la grève est également interrompue.


Le 17 Décembre 1970:

.Le matin dans le journal "Trybuna Ludu": Des grèves, et des incidents ont eu lieu à Gdansk.Des éléments aventureux n'ayant rien en commun avec la classe ouvrière ont mis le feu aux bâtiments publics et ont pillé des magasins.
Très tôt, les ouvriers se rendent vers leur lieu de travail. Autour du chantier des chars et des convois militaires sont en position. Avant 6 heures, soudain, un char ouvre le feu. des tirs de mitrailleuses suivent. Il y a 4 morts et plusieurs blessés. Une partie des manifestants se dirige vers le siège du conseil municipal en portant sur une porte le corps ensanglanté d'une victime. Devant le bâtiment la manifestation est brisée. Il y a 4 autres victimes. L'après-midi, l'armée maîtrise la situation.

- Le matin éclate la grève à Szczecin. Ici aussi il y a des morts. Le couvre-feu est instauré.
Le même scénario se répète à Elblag et Stupsk.
Le soir à la télévision le Premier Ministre Cyrankiewicz s'exprime: " Des incidents tragiques ont eu lieu dans les villes du littorale. Les forces de l'ordre ont été obligées d'intervenir. L'on dénombre des victimes, une dizaine de morts et des centaines de blessés. J'estime que l'augmentation des prix est une chose nécessaire."

Ce même soir, le gouvernement publie un arrêté qui engage la milice et les services de sécurité à garantir la paix y compris en utilisant des armes.

Le 18 Décembre 1970

Le matin au chantier naval de Szczecin commence une manifestation. La principale revendication est la suppression de l'augmentation des prix. La milice s'approche vers les portes et ouvre le feu. Il y a des morts. Au sein du chantier se constitue le comité des grévistes.
En ville des incidents ont également lieu. Là aussi il y a des morts.
Sur l'Oder des navires de l'armée font leur apparition
A Gdansk, l'armée occupe toujours le chantier
Edward Gierek qui attend patiemment son tour en coulisse rentre alors en jeu.


Le 19 Décembre 1970:

La presse commente différemment les événements sur le littoral. Le ton est généralement péjoratif vis à vis des manifestants.
La situation a l'air de se calmer. A Szcecin les négociations continuent. Le comité de grève en appelle au calme. Il demande de ne pas laisser sortir les jeunes en ville.
Le matin, le Premier ministre Cyrankiewicz transmet une lettre à Gomulka de la part du comité central du parti soviétique. Cette lettre demande de régler politiquement le conflit. Gomulka tombe malade. Les médecins lui conseillent un séjour à l'hôpital.
Le même jour, une réunion se déroule au bureau politique du parti polonais PZPR. Il est décidé de limoger Gomulka et de le remplacer par Gierek.
A Szczecin, le comité des grévistes décide de suspendre pendant 3 jours la grève. Pendant ce temps, les autorités doivent préparer une réponse aux revendications des ouvriers.
L'après-midi, une délégation du parti se rend à l'hôpital et ramène la démission de Gomulka pour cause de grave maladie. Edward Gierek prend ses fonctions.
Le soir même, à la télévision Gierek prononce son discours. Il promet d'éclaircir les événements de ces derniers jours. Il reconnaît que le lien entre le parti et la classe ouvrière a été rompu. Par contre il ne renonce pas aux augmentations des prix qui ont déclenché les grèves.

Le 22 Décembre 1970:

Au petit matin, le chantier à Szczecin se trouve encerclé par les ZOMO. A 11 heures les ouvriers arrêtent la grève pour Noël. Le gouvernement retire le décret permettant l'utilisation de la force. Il n'y a plus de couvre- feu à Gdansk, Szczecin et Elblag.

Le 23 Décembre 1970:


Le Premier ministre Cyrankiewicz démissionne et Piotr Jaroszewicz devient le nouveau chef du gouvernement. Les Polonais se préparent pour les fêtes de Noël. La trêve est respectée.


Le 28 Décembre 1970:

La lettre de l'épiscopat polonais est lue pendant toutes les messes. Les évêques expriment leur compassion envers les victimes et leurs familles.

Le 16 Janvier 1971:

Au chantier naval de Gdansk, les ouvriers présentent une liste de revendications. Entre autre, ils veulent que les syndicats ne soient plus liés au parti, ils réclament la libération de toutes les personnes arrêtées et l'attribution d'une pension pour les familles des victimes.

Le 22 Janvier 1971

La grève éclate au chantier naval de Szczecin. Le comité de grève présente des revendications d'ordre politique avec en toile de fond des élections démocratiques. Le comité réclame également la visite de Gierek. La grève s'étend à d'autres entreprises et la grève générale s'installe à Szczecin.

Le 24 Janvier 1971

Une délégation du gouvernement arrive avec à sa tête E. Gierek, le premier ministre P. Janoszewicz et le ministre de la défense Wojciech Jaruzelski.. Le pouvoir accepte certaines revendications. Dans 3 jours, sont prévus des élections pour le parti dans l'entreprise et avant la fin de semaine au syndicat. Le contrôle des élections est confié au comité de grève. Le pouvoir accepte de lever les sanctions pour fait de grève et d'indemniser les familles des victimes. Il refuse cependant de publier les résultats des négociations dans la presse.

Le 25 janvier 1971

La grève éclate au chantier à Gdansk. Il manque des réponses aux revendications du 16 janvier. Lors de la réunion, les grévistes réclament l'annulation de l'augmentation des prix. A la question de Gierek :" Vous aiderez ?!! " les ouvriers répondent : " Nous aiderons ! "

Le 6 et 7 janvier 1971

Des changements ont lieu au bureau politique. KC.PZPR

Le 11 février 1971

Les grèves éclatent à Lodz

Le 13 février 1971

Les grèves s'étendent aux entreprises textiles.

Le 14 février 1971

Le premier ministre P. Janoszewicz rencontre au théâtre de Lodz, les membres du parti. Il lance son appel: " Vous nous aiderez ?!" La salle reprend en coeur: " NON !! "

Le 15 février 1971

Les grèves à Lodz s'intensifient. Il y a plus de 20 000 grévistes dans les entreprises. A 20 heures, un communiqué du gouvernement tombe : " A partir du 1er mars, les prix des produits alimentaires, dont la viande, retrouveront leur niveau d'avant décembre 1970." La revendication principale est donc obtenue. La nouvelle dans le pays s'est répandue à une vitesse incroyable.


Le côté le moins connu de décembre 70 c'est le germe de l'auto organisation ouvrière. Dans les entreprises les comités de grévistes ont formulé des listes de postulats, entre autre, un syndicat indépendant. A Gdynia les grévistes ont conclu un accord avec les pouvoirs locaux, d'ailleurs jamais respecté. Les événements de décembre ont formé Lech Walesa et ses collègues du chantier naval de Gdansk. Ils ont bien retenu la leçon et dix ans plus tard ne sont pas sortis dans la rue.
Le triomphe de décembre c'est quelques années plus tard la liberté acquise par la Pologne en 1989







 



 

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