Pologne : Le 13 Décembre 1981

Démarré par Stephane, 14 Décembre 2023 à 00:30:31

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Stephane



Dans la nuit du 12 au 13 décembre 1981, le général Wojciech Jaruzelski proclamait l'état de siège en Pologne. Des milliers d'activistes de Solidarnosc furent arrêtés. dans la nuit. Le matin, les Polonais ne comprirent pas tout de suite ce qui se passait. Le choc en a été plus rude !


Rappel : En 1980, la Pologne a été secouée par des mouvements sociaux qui ont atteint leur somment en août 1980 avec le 31 août la reconnaissance du syndicat NSZZ Solidarnosc. Depuis cette date, le désir d'indépendance et la soif de liberté chez les Polonais n'a cessé d'augmenter. Les grèves et les revendications sont incessantes dans les usines, les chantiers navals, les mines et même les universités.La crise économique fait des ravages dans toute la Pologne. Les magasins sont vides et les tickets de rationnement sont indispensables pour acheter à peine le minimum. Un Polonais qui fait la queue avec le ventre vide ne revendique pas ! C'est ainsi que le général Wojciech Jaruzelski arrive au pouvoir le 17 octobre 1981. Il cumule les postes de premier secrétaire du parti, premier ministre et ministre de la défense.

L'état de siège a pris effet le dimanche 13 décembre 1981 à minuit. En faît l'idée couvait depuis août 1980 et la naissance de Solidarnosc. La pression du " grand frère" soviétique qui ne voyait pas d'un bon œil les désirs d'émancipation des Polonais était énorme. Dès minuit, des milliers d'activistes de Solidarnosc furent arrêtés et placés en détention dans 48 camps d'internement. Le dicours de Jaruzelski a été diffusé en boucle à partir de six heures sur les radios et à la télévision. Tous les autres programmes ont été annulés. Les radios polonaises diffusaient en permanence de la musique classique. Quand à la radio Wolna Europa, elle était brouillée. Toutes les liaisons téléphoniques intérieurs et extérieurs furent coupées. La Pologne était isolée du reste du monde.
Tout les droits des citoyens ont été réduits
Les syndicats suspendus et ensuite dissous.
Grèves interdites, et l'armée prend possession des usines.
L'enseignement dans les écoles et les universités sont suspendus.
Le couvre-feu est instauré de 22h à 6 heures. ( ensuite 23 h 5 h ) Il n'a été supprimé qu'en mai 1982.
Les déplacements à l'intérieur du pays sont interdits sans autorisation.
Il n'y a plus qu'un seul programme de télévision. Les présentateurs sont en costume militaire.
Toute réunion publique est interdite
Le conseil d'état a annulé l'état de siège en juillet 1983 tout en conservant une partie de la législation jusqu'en 1989.


L'état de siège a surpris tout le monde en Pologne.Le 13 décembre est un dimanche et les Polonais se réveillent sans savoir ce qui se passe.Beaucoup allument la radio et écoutent de la musique classique.Le programme n'étant pas forcement intéressant, ils coupent le poste.Ils allument la télévision et pas de programme ! Un écran neigeux. Puis soudain Jaruzelski apparaît à l'écran. Le même discours reviendra en permanence, lancinant , désespérant.La population, petit à petit commence à compendre. Dans les grandes villes, des chars montent la garde aux carrefours stratégiques. La Pologne est calme. personne n'ose parler, même à son voisin. Les Polonais se rendent à la messe en silence. Dans son homélie, le cardinal Glemp appelle au calme les fidèles.

Les médias occidentaux eux, réclament du sang. Jean-Marie Borzeix, grand reporter à Paris-Match expliquera plus tard la mort de son métier. "Cela a commencé en Pologne avec le putsch de Jaruzelski. Toutes les rédactions demandaient des photos de chars écrasant les ouvriers en révolte, et il n'y avaient que quelques miliciens battant la semelle dans le froid. L'information est ce qu'elle doit être d'après les ténors de la pensée unique, pas ce qu'elle est".
La résistance des Polonais n'a pas été brisée. Elle a pris une autre forme, moins spectaculaire mais tout aussi efficace.La lutte continuera jusqu'en février 1989 et l'ouverture de la fameuse Table Ronde qui allait permettre les premières élections libres dans un pays du bloc de l'Est.