Si je vous parle de Michael Scofield, vous allez penser tout de suite au héros de la série télévisée américaine Prison Break. Par contre, si je vous évoque le nom de Witold Pilecki il y a peu de chance que cela vous dise quelque chose.
Dure société où les personnages imaginaires sont plus évocateurs que les personnages historiques ! Le seul point commun entre Scofield et Pilecki est qu’ils se sont tous les deux fait enfermer volontairement et se sont ensuite évadés. La comparaison s’arrête là. Fox River n’existe pas contrairement au sinistre camp d’Auschwitz où Witold Pilecki, sous le nom de Tomasz Serafinski., se fait enfermer suite à sa capture volontaire lors d’une rafle dans une rue de Varsovie le 19 septembre 1940.

Witold Pilecki est né le 13 mai 1901 à Olonets en Russie, non loin du lac Ladoga en Carélie où son père Julian exerçait la profession de garde-forestier.
Le grand père de Witold, Jozef, a participé à l’insurrection nationale polonaise de 1863 contre la Russie, et a été déporté en Sibérie pendant 7 ans.


La famille est ensuite partie en 1910 à Vilnius en Lituanie, région d’origine de la mère de Witold. Il en profite pour terminer des études de commerce et rejoint l’organisation clandestine des ZHP (organisation de scouts). En 1916, il parti à Orel, en Russie où il fonda un groupe local puis il repart à Vilnius où il intègre les unités d’autodéfense polonaises.
Il participe ensuite à la Guerre russo-polonaise (1919-1920) est décoré puis démobilisé, retourne à l’école pour passer le bac et s’installe à la campagne dans le petit village de Sukurcze Il épouse Maria Ostrowska et a deux enfants Andrzej et Zofia.
L’histoire aurait pu en rester là, mais la seconde guerre mondiale en décida autrement.
Le 26 août 1939, Pilecki est mobilisé et rejoint l’Armia Prusy. Son peloton prend part aux durs combats contre la Wehrmacht puis fait marche vers le sud-est en direction de Lwow. Le 17 septembre, après l’invasion par les armées soviétiques de l’est de la Pologne, il se retire à Varsovie.
Le 9 novembre 1939, il forme l’Armée Secrète Polonaise, une des premières organisations de résistance en Pologne. Il organise un réseau clandestin à Varsovie mais également en Pologne centrale à Siedlce, Radom Lublin et aussi dans d’autres villes. En 1940, son organisation disposait d’environ 8000 membres, mais seulement la moitié était armés. Plus tard, l’Armée Secrète Polonaise rejoindra l’Armia Krajowa.

La campagne d’Auschwitz.

En 1940, il présente à ses supérieurs de la résistance un plan suggérant de pénétrer dans le camp de concentration allemand d’Auschwitz afin de collecter des informations sur le camp et organiser la résistance de l’intérieur. Ses supérieurs approuvent le plan et lui fournissent des faux papiers. Le 19 septembre 1940, avec des documents au nom de “Tomasz Serafinski”, Pilecki se fait capturer volontairement pendant une des rafles allemandes dans les rues de Varsovie.
Dans un rapport qu’il écrivit après la guerre il résuma les objectifs de sa mission ainsi : Mise en place d’une organisation militaire à l’intérieur du camp avec la vocation de :

1 – remonter le moral parmi les déportés et les soutenir avec des nouvelles provenant de l’extérieur.
2 – Fournir des compléments alimentaires et distribuer des vêtements parmi les membres de l’organisation. Préparer ses propres détachements pour s’emparer du camp dans l’éventualité d’un largage aérien d’armes ou de troupes aéroportées. 
L’organisation secrète de Pilecki , qu’il appela “Organisation d’Union Militaire”, fut composée de cellules de cinq prisonniers inconnus les uns des autres avec un homme désigné pour être leur commandant. Ces cellules se trouvaient principalement dans l’hôpital du camp et le bureau de gestion du travail.

Pilecki espérait que les Alliés parachutent des armes sur le camp pour aider les prisonniers à se libérer eux-mêmes ou encore que l’AK attaque le camp de l’extérieur. En 1943, comprenant que ces plans n’existent pas, il décide de convaincre personnellement ses supérieurs de la nécessité d’attaquer Auschwitz.
Le nœud se resserre autour de lui et de ses compagnons. Les Allemands commencent à disperser les premiers prisonniers dans d’autres camps. Il faut faire vite et organiser l’évasion.
Il a déjà réussi une fois à s’extraire d’un groupe. Il décide donc de s’évader avec deux compagnons au sein de ceux qui cuisaient le pain dans un commando situé en dehors du camp.
Il a reçu (avec J Redzej et E Ciesielski) en provenance du magasin des vêtements civils, un nécessaire de rasage, 400 dollars, une clé de l’atelier, des somnifères, une préparation pour tromper les chiens et une capsule de cyanure. Ils savaient qu’il valait mieux ne pas tomber vivants aux mains des allemands.
Grâce à l’hôpital, ils ont réussi à être affectés au commando de cuisson. Ils se sont enfuis la nuit de Pâques (26/27 avril 43). Travaillant dans l’équipe de nuit, ils se sont laissé enfermer par un garde allemand, et en ont endormi un autre. Puis ils ont coupé les câbles téléphoniques, ouvert la porte et partis vers la liberté. Sous la pluie, ils ont suivi la voie ferrée jusqu’à Soly, ensuite jusqu’à la Vistule qu’ils ont traversé sur une barque trouvée par chance. Le curé d’Alwer les a nourri et leur a donné un guide. A travers quelques villages, Tyniec, la région de Wieliczka, la foret de Niepolomicka ils sont arrivés à Bochnia, de là à Wisnica où Witold Pilecki a retrouvé le véritable Tomasz Serafinski.
Celui-ci lui a facilité le contact avec les cellules de l’AK qui ont reçu les fuyards avec suspicion. Soupçons renforcés par la demande d’attaque du camp d’Oswiecim.
Il prépare un second rapport très détaillé sur la situation dans le camp. L’Armée de l’intérieur juge qu’elle n’a pas les effectifs suffisants pour attaquer frontalement Auschwitz et demande de l’aide aux Alliés – les Britanniques refusent d’accorder l’aide aérienne. Les informations du “rapport Pilecki” sont jugés exagérées. La seule circonstance qui aurait permis au Haut Commandement de l’Armée de l’Intérieur d’autoriser une révolte ouverte à Auschwitz reposait sur l’hypothèse d’une exécution totale des prisonniers par les SS, mais cette éventualité n’arriva jamais.
Quand un détachement de l’Armée Rouge pénétra dans l’enceinte, l’histoire des 1680 jours du camp de concentration d’Auschwitz connu son point final.

Le 25 août 1943, Pilecki arrive à Varsovie et commence son travail dans les services secrets où il intègre une section préparant la résistance à l’éventualité de l’occupation soviétique de la Pologne. À partir du 1er août 1944, début de l’insurrection de Varsovie, il combat dans les différentes unités de l’Armée de l’intérieur – comme simple soldat et comme commandant de compagnie. Suite à l’échec de l’insurrection, il est fait prisonnier de guerre.
Après la libération en 1945, il rejoint le 2nd Corps de l’Armée Polonaise faisant partie de l’armée britannique.
En 1946, la situation politique internationale amène le gouvernement polonais, en exil à Londres, à donner l’ordre de cesser les actions clandestines de la résistance polonaise. Pilecki refuse d’obéir et continue de collecter des informations concernant les crimes communistes dirigés contre les opposants au régime, les anciens résistants de l’Armée de l’intérieur ainsi que les soldats revenus du front occidental.
Le 8 mai 1947, il tombe lui-même entre les mains du Service de sécurité intérieure (UB). Torturé, jugé lors d’un procès public, il est reconnu coupable d’espionnage au profit des puissances occidentales et est condamné à mort le 15 mai suivant.
Dix jours plus tard, il est fusillé dans la prison de la rue Rakowiecka à Varsovie. Le nom de Witold Pilecki s’ajoute ainsi à la longue liste des victimes du communisme et des défenseurs de la liberté.

Source: Polishresistance, Wikipedia PL EN

Stéphane Delrieu avec l’aide précieuse de JK