Il était une fois trois frères, Lech, Czech et Rus qui vivaient en bonne harmonie. Ils vivaient, chacun à la tête d’une tribu slave, dans une vaste vallée ensoleillée, jouissant d’une terre fertile, d’une eau potable en abondance et de forêts emplies de gibier.

Les années passaient, les familles s’accroissaient, on construisait sans cesse de nouvelles maisons. Peu à peu, l’espace libre se réduisait.

– Ça commence à être trop petit pour nos trois tribus, dit un jour Rus. Le gibier se fait rare dans les bois, et dans la rivière les poissons commencent à manquer…

– Quand la faim commencera à regarder dans les yeux des gens, elle provoquera des troubles, déclara Czech les sourcils froncés.

– Il faut trouver de nouvelles terres et s’y installer, je ne vois pas d’autre moyen, résuma Lech.

– Tu parles bien ! s’écrièrent ses deux frères. Oui c’est ce qu’il faut faire. Allons annoncer la nouvelle à la population et nous partirons immédiatement après la récolte.

À l’annonce de ce prochain départ, la population s’émut. Beaucoup craignaient ce voyage dans l’inconnu. Mais, c’était décidé, il n’y avait pas le choix. Les villageois préparèrent des provisions pour le voyage. Ils fumèrent des poissons, firent sécher de la viande, emplirent des sacs de farine et de gruau, firent couler le miel parfumé dans de grands tonneaux.

Enfin, le jour du départ arriva. À l’aube Lech, Czech et Rus se prosternèrent devant les dieux indigènes, éteignirent le feu sacré puis montèrent sur leurs chevaux. Derrière eux, dans des charrettes, à pied, chacun comme il pouvait se mit en route.

Des jours et des semaines passèrent, et ils marchaient sans relâche. Un jour, apparut aux yeux des voyageurs un magnifique paysage. De puissantes montagnes étaient venues à leur rencontre. Leurs fiers sommets semblaient toucher le ciel et la neige étincelait au soleil.

Czech piqua son cheval et partit au galop. Il gravit les sentiers escarpés et, enfin, se trouva sur la crête. Il baissa les yeux de l’autre côté de la montagne et son cœur chanta de joie. Il voyait des vallées fertiles, des forêts denses, des rivières propres comme un cristal.

– Je reste ici, décida-t-il. Le temps de l’adieu est venu. Faisons-nous la promesse que jamais un frère ne s’opposera à un autre, dit solennellement Czech. Nous le devons à nos ancêtres.

Lech et Rus hochèrent la tête. Les trois frères s’embrassèrent chaleureusement, puis, les deux frères continuèrent leur chemin. Ils voyagèrent pendant des jours et des jours. Le soir, ils se réchauffaient à la chaleur des feux de camp. Ils rêvaient d’une contrée où coulent le lait et le miel.

Les arbres avaient changé de couleurs et les nuits devenaient de plus en plus fraîches quand ils atteignirent enfin les vastes plaines. Un océan d’herbes s’étendait à perte de vue. De larges rivières brillaient au soleil. Rus ne pouvait en croire ses yeux. C’était la terre dont il avait tant rêvé.

– Le cœur s’arrache… dit-il enfin.

Les deux frères passèrent cette dernière nuit assis devant un même feu. À l’aube chacun partit de son côté – Rus à l’est, Lech vers le nord.

Le givre recouvrait les herbes de plus en plus souvent et de plus en plus longtemps, mais Lech continuait sa route sans relâche.

– L’hiver arrive, Prince, s’impatientaient les anciens. Regardez, la belle terre que nous traversons…

– Il me semble que ce n’est pas encore ici, répondait Lech et il continuait à mener ses hommes encore et encore.

Un soir, au coucher du soleil, ils s’arrêtèrent dans une grande clairière. Autour d’eux des hêtres vêtus de rouge se dressaient, des bouleaux aux troncs blancs brillaient d’or, des sapins verdoyaient. C’était étrangement calme et quelque peu solennel.

– Regardez, Prince ! cria tout à coup quelqu’un, pointant le doigt vers le plus grand arbre qui dominait la clairière. Là, Lech vit un nid dans lequel reposait un bel aigle blanc. L’oiseau ouvrit les ailes, comme pour accueillir les voyageurs fatigués.

Le visage du prince s’éclaira.

– Voilà le signe que j’attendais. Nous allons construire notre ville ici, et, dit-il dans un sourire en montrant l’aigle blanc sur le fond rouge du soleil couchant, notre blason sera l’aigle.

La ville bâtie par Lech fut appelée Gniezdo, plus tard transformé en Gniezno.

C’est donc ainsi que, jusqu’à nos jours, on appela cette belle ville entourée de forêts – la première capitale de la Pologne.

Aleksandra