Aujourd’hui, je vous raconte comment une miche de pain s’est transformée en pierre.

C’était il y a très longtemps, bien plus de cent ans, bien plus de deux cents. Parmi les habitants de Poméranie régnait une grande famine. Les champs n’avaient rien produit, les vergers non plus : il n’y avait pas de grain pour le pain, ni légumes, ni fruits d’aucune sorte.

Les fermiers les plus riches sortaient de leurs cachettes des pièces de cuivre et d’argent et partaient avec elles à la ville pour faire des achats. Il y avait aussi des gens si riches qu’ayant récolté une grande moisson l’année précédente, ils avaient encore dans leurs greniers et leurs granges des réserves de farine et de gruau. Ceux-là s’en sortaient bien. Mais la pauvreté rurale, les journaliers et les ouvriers agricoles mouraient d’une faim cruelle.

Or, il y avait alors dans un village poméranien près d’Oliwa, une veuve pauvre, mère de jeunes enfants. Les enfants étaient petits et affamés ; ils ne comprenaient pas que leur mère ne pouvait pas leur donner de pain parce qu’il n’y en avait pas dans la chaumière. Ils pleuraient et criaient : « Manger, maman, manger ! »

La mère sortit donc de la chaumière pour trouver de la nourriture pour ses enfants, elle-même mourant presque de faim. Elle marche, elle marche, et rencontre sur le chemin d’Oliwa un fermier riche. Il portait sur son dos une grande miche de pain à vendre. Lorsqu’il vit la pauvre veuve, il cacha vite la miche sous sa veste.

 

La femme tendit les mains vers lui comme vers un sauveur :

– Cher voisin, aidez une malheureuse, donnez un morceau de pain pour mes enfants affamés.

Mais l’avare répondit avec colère :

– Eh bien, voisine, je porte une pierre si lourde, et non du pain.

– Puisque tu es si impitoyable, que ce pain se change pour toi en pierre ! s’écria la femme désespérée.

 

L’avare la dépassa en silence et continua son chemin. Mais voici qu’il sentit qu’il se passait quelque chose d’étrange : la miche de pain sous sa veste commençait à peser de plus en plus lourd. Les bras de l’homme s’affaiblissaient, la sueur inondait ses yeux, son dos allait se briser sous le poids d’une charge qui grandissait sans cesse. Finalement, il ne put même plus faire un pas, tant cette miche de pain lui pesait. Est-ce bien du pain ? L’avare écarta les pans de sa veste et pâlit : voici que le pain s’était changé en pierre.

Reconnaissant en cela la main de Dieu, le fermier regretta aussitôt son acte. Il appela la pauvre veuve dans sa chaumière, partagea avec elle et avec d’autres pauvres la nourriture qu’il avait en réserve dans son grenier. Et le pain changé en pierre, il l’offrit à l’église de la ville d’Oliwa, afin que cela lui rappelle, ainsi qu’aux autres, de manière visible, qu’il faut avoir de la miséricorde dans le cœur.

Raconté pour vous 

Aleksandra